Les voitures électriques sont-elles invendables ?

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Les voitures électriques sont-elles invendables ?
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© Motorlegend
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publié le 5 août

"Il n'y a pas de demande de la clientèle pour des voitures électriques !" : cette petite phrase prononcée l'un des cadres dirigeants de BMW a fait grand bruit ! Mais est-elle le reflet des réticences de "l'ancien monde" face à la transition écologique ou de la réalité du terrain ?

L'homme qui a lancé cette affirmation n'est pas n'importe qui : c'est Klaus Fröhlich, le patron de la recherche et développement chez BMW. Il l'a fait lors d'un colloque tenu fin juin à Munich, en réponse à un communiqué de l'ONG Transport & Environment affirmant que la récente hausse des émissions de CO2 du secteur était liée à la volonté des constructeurs de privilégier les ventes de SUV - très profitables - au détriment des voitures électriques. Pour le dirigeant, c'est nettement plus compliqué : "Si nous avions une offre large et d'importantes primes à l'achat, nous pourrions inonder l'Europe [de voitures électriques] et vendre un million de véhicules, mais les Européens n'en veulent pas", a ajouté Klaus Fröhlich. "Le client européen n'est pas prêt à prendre de risque avec un véhicule électrique parce que l'infrastructure n'est pas en place, et à cause des incertitudes liées à la revente. [...] Nous avons poussé ces voitures sur le marché, mais personne n'en veut."

Il est vrai que BMW fut l'un des premiers constructeurs à se lancer dans l'aventure de l'électrique en série : en commercialisant l'i3 en 2013, il a fait partie des pionniers avec Renault (Zoe), Nissan (Leaf) et Tesla (Model S). Mais la citadine électrique chic de Munich se vend au compte-gouttes ! Environ 135 000 unités ont été immatriculées depuis le lancement dans le monde entier en six ans. À titre de comparaison, le groupe BMW a vendu un total de 210 000 véhicules rien qu'au mois de mai dernier ! Il faut dire que l'i3 est chère (à partir de 39 950 € hors bonus écologique), notamment du fait de sa conception mêlant aluminium et fibre de carbone, des matériaux coûteux à industrialiser.

Mais le manque d'intérêt du grand public pour les modèles électriques ne touche pas que BMW et son i3 : il est global. La Chine, où la volonté étatique de basculer vers du 100 % électrique est très forte, est le premier marché mondial du véhicule électrique, avec plus d'un million d'unités vendues en 2018. Mais ce million ne représente encore que 4 % du marché ! En Europe, les voitures électriques n'ont pesé que pour... 2 % des immatriculations l'an dernier. Quant au marché du VE américain, il est porté par le succès de Tesla, mais n'a représenté en moyenne que 1,9 % du marché global au cours des quatre premiers mois de 2019.

Mais alors, pourquoi les acheteurs boudent-ils les véhicules électriques ? D'abord, on l'a vu, du fait de leur coût d'achat. Même en déduisant le généreux bonus écologique français (6 000 € tout de même !), il faut encore débourser au moins 26 100 € pour s'offrir la toute nouvelle Peugeot e-208. Idem pour une Renault Zoe, sauf à accepter de payer un loyer à vie pour la batterie (soit au minimum 69 €/mois). Même la vieillissante Peugeot iOn s'affiche à 20 900 € bonus déduit. Et ne parlons pas des Tesla, Audi e-tron et autres Jaguar I-Pace, véhicules premium qui s'adressent à une clientèle restreinte. La voiture électrique pour tous n'est pas encore au catalogue des constructeurs.

Avec le progrès des batteries (la quarantaine de kWh de capacité étant désormais la norme), l'angoisse de la panne sèche s'estompe. Mais les infrastructures de recharge publiques encore clairsemées et leur caractère hétéroclite (variété des connecteurs, nombreux opérateurs) rebute le client potentiel. Sans parler de ceux qui vivent en habitat collectif, où faire poser une wallbox pour recharger son auto la nuit peut prendre des allures de parcours du combattant.

Enfin, il faudra lever les incertitudes quant à la durabilité de la batterie, qui pèsent - avec le manque d'appétence des clients en neuf - sur la valeur résiduelle des voitures électriques. Les premiers retours de Nissan en la matière sont cepe

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