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Vigilance au volant : une caméra obligatoire dans nos voitures dès 2026

© Shutterstock, Media365

Pour réduire le nombre d'accidents liés à la somnolence ou l'inattention au volant, une caméra analysant la vigilance du conducteur sera obligatoire sur toutes les voitures neuves vendues dans l'UE à partir de l'année prochaine. Mais cette mesure soulève des questionnements d'un point de vue éthique et vie privée.

À partir de juillet 2026, toutes les voitures neuves immatriculées dans l'Union européenne devront embarquer une caméra capable d'observer le conducteur. Cette mesure, dictée par un règlement européen sur la sécurité routière, risque de marquer un tournant majeur dans la manière dont la voiture interagit avec son conducteur, alors que les aides à la conduite , souvent envahissantes, sont déjà largement déployées. Cette caméra sera placée sur la colonne de direction ou sur le haut du tableau de bord, et aura pour but de surveiller les signes de somnolence, d'inattention ou de distraction du conducteur : clignement inhabituel ou répété des yeux, tête qui s'incline, regard fuyant vers le téléphone ou vers la vitre déclencheront systématiquement une alerte. L'objectif affiché est de réduire le nombre d'accidents dus à la fatigue ou au manque d'attention, responsables encore d'un tiers des drames mortels sur nos routes.

Une nouvelle mesure à partir de juillet 2026

Mais cette technologie ouvre la voie à des usages autrement plus ambitieux... et controversés. Car si la caméra parvient à identifier une baisse de vigilance, pourquoi ne pourrait-elle pas, demain, détecter des signes d'alcoolémie ou de consommation de stupéfiants ? Plusieurs laboratoires européens explorent cette piste. En combinant la reconnaissance faciale, le suivi du teint de la peau et la détection infrarouge du rythme respiratoire, l'intelligence embarquée pourrait repérer les micro-variations physiologiques associées à une consommation d'alcool ou de drogue. Et dans certains prototypes, la caméra s'accompagnerait même de capteurs olfactifs capables d'analyser l'air expiré dans l'habitacle et empêcherait, le cas échéant, le démarrage du véhicule si la concentration de substances dépasse un certain seuil. L'Union européenne envisage déjà d'imposer ce dispositif aux récidivistes ou aux conducteurs condamnés pour conduite en état d'ivresse, un peu à l'image de l'éthylotest antidémarrage déjà en place dans plusieurs pays.

Un effet « Big brother » ?

Reste que cette mesure soulève de vraies questions éthiques. Faut-il accepter que la voiture scrute nos moindres expressions, traque la moindre pupille dilatée, enregistre la moindre bouffée d'air expirée ? Même si les constructeurs assurent que les données resteront stockées localement, sans transmission vers des serveurs extérieurs, le spectre d'un « Big Brother de l'automobile » plane. Qui garantira que ces images ou ces analyses ne seront pas un jour exploitées par un assureur, un employeur ou les autorités ? Le défi, pour les législateurs comme pour les ingénieurs, sera de concilier ce système avec la garantie de nos libertés individuelles.

publié le 13 décembre à 07h00, Quentin Pannaud, Media365

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