Licenciements en masse : que se passe-t-il dans l'industrie automobile européenne ?
© Nissan, Media365
L'annonce faite cette semaine par Nissan de licencier 900 salariés en Europe s'inscrit dans un contexte tout aussi douloureux chez Volkswagen, Stellantis ou Renault. Mais pourquoi tant d'usines ferment-elles et tant d'emplois sont-ils supprimés en Europe ?
Cette semaine, Nissan a annoncé la suppression prochaine de 900 postes dans plusieurs de ses filiales en Europe, soit environ 10% de ses effectifs régionaux. Le cas de Sunderland est particulièrement symbolique : l'usine britannique, la plus grande du groupe au Royaume-Uni (Juke, Qashqai, Leaf...) va voir l'une de ses deux lignes de production supprimée au profit d'une seule, tandis que l'entrepôt de Barcelone dédié à la logistique devrait subir aussi des coupes d'effectifs, un an après la fermeture de l'usine historique de Barcelone, qui assemblait autrefois des véhicules utilitaires, notamment le fourgon e-NV200 ou le pick-up NP300/Navara.
Volkswagen, Opel et Renault ne sont pas épargnées
Le mouvement ne se limite évidemment pas à Nissan. Volkswagen a de son côté engagé un plan massif , avec environ 50 000 postes amenés à disparaître en Allemagne d'ici 2030, dont 35 000 rien que pour la marque Volkswagen. Le groupe tente de rassurer en affirmant toutefois vouloir éviter les licenciements économiques, et privilégier les départs volontaires et les retraites anticipées. Chez Opel, filiale de Stellantis, la coupe est plus ciblée, mais tout aussi importante : 650 postes d'ingénieurs doivent être supprimés au siège de Rüsselsheim sur un total d'environ 1 650, ce qui réduit d'un tiers l'effectif du centre de R&D. Renault aussi, prépare de son côté une réduction de 15 à 20% des effectifs d'ingénierie à l'échelle mondiale sous deux ans, soit potentiellement 1 600 à 2 400 suppressions de postes sur une base de 11 000 à 12 000 ingénieurs. Stellantis a par ailleurs récemment annoncé la fermeture prochaine de l'usine d'assemblage de Poissy, dans les Yvelines (78) pour en faire un centre dédié au recyclage de pièces et de véhicules.
Une industrie sous tension... et des constructeurs chinois à l'affût
Derrière ces annonces, c'est en fait tout le marché européen qui est sous tension. Les volumes de vente restent insuffisants pour absorber des structures de coûts construites pour une autre époque, pendant que la transition électrique impose des investissements lourds et que la demande pour ce type de véhicules reste erratique. Prenons l'exemple de Stellantis : le taux de remplissage de ses 24 usines européennes n'est que de 46%, et le manque à gagner représente 3,5 millions de véhicules ! Tandis qu'entre-temps, les constructeurs chinois montent en puissance en Europe avec des produits très bien positionnés en prix et de plus en plus crédibles aux yeux des clients, ce qui accentue encore la pression sur tous ces acteurs historiques, déjà fragilisés par la faiblesse des marges du « Made in Europe » et la cannibalisation interne qui fait rage dans leurs propres gammes (Renault-Dacia, Volkswagen-Skoda, Hyundai-Kia, Opel-Peugeot, etc.). Résultat : chaque groupe cherche à préserver sa compétitivité en réduisant ses coûts fixes et ses capacités excédentaires, au grand dam des usines, et donc des emplois...
publié le 16 mai à 07h00, Quentin Pannaud, Media365