Carburants : pourquoi les prix à la pompe augmentent beaucoup plus vite qu'ils ne baissent ?
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C'est un phénomène que l'on observe de plus en plus ces dernières années à mesure que la géopolitique mondiale se périclite : les prix du carburant peuvent exploser en quelques jours, mais mettre des semaines voire des mois avant de retrouver un niveau convenable. Mais à quoi est-ce dû ?
Depuis la guerre en Iran menée par les États-Unis, le marché du pétrole est sous tension au niveau mondial , et les stations françaises ont dû encaisser le choc quasiment immédiatement. À l'heure d'écrire ces lignes, les prix moyens relevés en France (Carbu.com) tournent autour de 2,06€/l pour le SP98, 2,02€/l pour le SP95 et 2,189 €/l pour le gazole , avec des écarts notables selon les régions et les enseignes. Mais comment expliquer une hausse aussi brutale et rapide, intervenue dans les tout premiers jours qui ont suivi le conflit ?
Une hausse venue du brut
La première, c'est que le carburant ne se fabrique pas à la station, il se vend au rythme du pétrole brut, du raffinage, du transport et de la distribution. Quand le cours du pétrole monte à cause d'un choc géopolitique, les fournisseurs et les distributeurs répercutent très vite la hausse pour ne pas vendre à perte les produits qu'ils devront racheter plus cher ensuite. Dans le cas présent, la guerre en Iran a ravivé la peur d'une perturbation durable de l'offre au niveau mondial, ce qui a suffi à faire grimper les cotations du brut et des produits raffinés. En France, cette tension s'est traduite par une hausse sensible en quelques semaines, avec des carburants qui ont nettement augmenté leur prix à la pompe dès les premiers jours du conflit.
Pourquoi la hausse est-elle instantanée ?
Le distributeur agit comme un thermomètre nerveux. Dès qu'il anticipe un réapprovisionnement plus cher, il ajuste ses prix presque en temps réel pour protéger sa marge, surtout dans un marché très concurrentiel où les stations se surveillent les unes les autres. Il existe aussi un effet psychologique bien connu pour l'expliquer : quand les automobilistes sentent que les prix montent, ils font parfois le plein plus tôt, ce qui renforce la pression sur le marché local et pousse certains points de vente à suivre le mouvement sans attendre.
Pourquoi la baisse est-elle lente ?
Mais à l'inverse, quand le brut se détend, les stations ont encore en cuve du carburant acheté cher, qu'elles doivent écouler avant de profiter pleinement de la baisse. Elles ne peuvent donc pas afficher aussitôt un tarif plus bas sans rogner sur leur marge. C'est la logique dite de la « fusée et de la plume » : la hausse file comme une fusée, la baisse retombe comme une plume. Les taxes accentuent ce phénomène. En France, elles représentent une part très importante du prix final, autour de 60% , et elles ne bougent pas avec le marché pétrolier. Résultat : même si le pétrole baisse, la part fixe de l'impôt amortit la détente et rend la décrue visible plus lentement à l'automobiliste. Le prix à la pompe est donc un empilement. Le brut réagit vite aux crises géopolitiques, les produits raffinés suivent, la distribution protège sa marge, et les taxes figent une grande partie du ticket final. C'est pourquoi les prix peuvent grimper en quelques jours, mais mettre des semaines, parfois davantage, à redescendre réellement...
publié le 30 avril à 13h10, Quentin Pannaud, Media365