Accord auto USA-UE : menace ou opportunité ?
© General Motors, Media365
La nouvelle est tombée comme une bombe dans certains médias : l'Union européenne et les États-Unis discuteraient d'un accord permettant à chaque bloc de reconnaître l'homologation automobile de l'autre.
En clair, une voiture américaine pourrait rouler en Europe sans passer par le parcours du combattant réglementaire. Faut-il y voir une invasion imminente de pick-up géants dans nos rues ? Pas vraiment. D'abord parce que, soyons honnêtes, les voitures américaines n'ont jamais eu beaucoup de succès chez nous. Trop larges, trop gourmandes, trop décalées face à nos réalités urbaines, énergétiques et fiscales. Certes, quelques amateurs éclairés se laissent séduire par le glougloutement typique d'un V8 américain, et/ou un pick-up format XXL. Mais accord ou pas, le phénomène restera marginal, car l'immense majorité des automobilistes européens ne rêve pas de chercher une place de stationnement dans le centre de Lyon pour son Chevrolet Tahoe. En revanche, la réciproque est plus intéressante. Les Américains aiment nos voitures. Ils plébiscitent les Audi, BMW, Mercedes, mais aussi certaines compactes françaises ou italiennes. Actuellement, ces modèles supportent une taxe d'importation de 15 % aux États-Unis. Si l'accord aboutit et que cette barrière disparaît, c'est l'industrie européenne qui pourrait en tirer le vrai bénéfice.
Normes vs goûts
Autre élément souvent oublié : la plupart des constructeurs américains qui vendent déjà en Europe (Ford, Tesla, Jeep...) conçoivent leurs modèles pour répondre aux normes locales. Ils savent bien que sans cela, impossible d'exister sur notre marché. L'idée que l'accord ouvrirait les vannes à une « déferlante » de véhicules moins sûrs est donc largement exagérée. L'adaptation resterait nécessaire, ne serait-ce que pour correspondre aux goûts européens. Cela ne veut pas dire que tout est simple. Les associations de sécurité routière rappellent à juste titre que les normes américaines sont moins strictes, notamment pour la protection des piétons. Mais croire que Bruxelles va brader vingt ans d'efforts pour la sécurité au nom d'un traité commercial est peu crédible. L'accord en est au stade de déclaration d'intention, et l'Europe dispose encore de leviers pour protéger ses standards.
Alors, faut-il trembler ?
À court terme, non. Les rues européennes ne vont pas se couvrir de GMC Sierra. À plus long terme, un marché transatlantique plus fluide pourrait même ouvrir les portes des États-Unis à des marques européennes qui n'y sont pas encore. Et si cela permet à une Peugeot ou une Renault de séduire davantage de conducteurs américains, il n'y a pas forcément de quoi se plaindre. En somme, on peut laisser les gros titres alarmistes aux autres. Cet accord potentiel ressemble moins à un cheval de Troie américain qu'à une belle opportunité pour nos constructeurs. Qui vivra...
publié le 25 septembre à 07h00, Sébastien Vanhouche, Media365