Revente d'énergie : et si votre voiture électrique vous faisait gagner de l'argent ?
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En Chine, la technologie V2G (vehicle-to-grid) permet aux voitures électriques de réinjecter de l'électricité dans le réseau. Un projet naissant en Europe, qui avance à petit trot.
En 2025, la Chine a lancé une série de projets pilotes V2G dans neuf grandes villes - dont Shanghai, Pékin, Shenzhen et Guangzhou - soutenus en grande partie par le gouvernement. Ces initiatives s'inscrivent dans une stratégie nationale visant à utiliser les voitures électriques comme source flexible d'énergie pour stabiliser le réseau lors des pics de consommation. Concrètement, cette technologie permet aux propriétaires de voitures électriques de rester branchés plusieurs heures pour renvoyer l'énergie stockée vers les foyers. Un plan d'action prévoit la construction de plus de 5 000 installations V2G et un volume de plus de 20 millions de kWh d'énergie réinjectée d'ici 2027, en parallèle au déploiement de 28 millions de bornes de recharge publiques et privées. Dans certaines régions, les propriétaires de véhicules gagnent déjà de l'argent en revendant au réseau l'électricité stockée la nuit à bas prix, renforçant l'attractivité de la technologie. Mais qu'en est-il en Europe ?
L'Europe avance, mais...
Ce basculement à grande échelle fait de la Chine un laboratoire mondial du V2G : en utilisant des millions de batteries mobiles, le pays cherche à réduire ses coûts d'infrastructure. En Europe, plusieurs projets existent, mais l'approche reste plus fragmentée. Le programme EVVE, piloté par EDF et Dreev, prévoit ainsi le déploiement de 800 bornes V2G dans plusieurs pays. L'Union européenne travaille à harmoniser les normes techniques, mais les incitations au V2G demeurent limitées. Selon une analyse récente, les gestionnaires de réseau privilégient encore d'autres sources de flexibilité, ce qui freine l'essor de la technologie en France, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Pourtant, la Commission européenne a imposé aux opérateurs que cette technologie figure dans toutes les bornes installées à partir de 2027.
La France expérimente
En France, quelques offres commerciales émergent : la Renault 5, via Mobilize et The Mobility House, est proposée avec une solution V2G permettant de renvoyer de l'électricité au réseau depuis les bornes bidirectionnelles compatibles. Le pays reste toutefois à un stade expérimental. En effet, les obstacles restent nombreux : coût élevé des bornes, manque d'incitations tarifaires, standards encore en cours de généralisation et acceptation variable des utilisateurs. Si l'Europe et la France avancent, la Chine, elle, structure déjà un véritable écosystème national autour du V2G. Là où Pékin voit dans chaque voiture un mini-stockage énergétique stratégique, l'Europe réfléchit encore aux modèles économiques, aux normes et aux usages. Le fossé n'est pas technologique : il est politique et organisationnel.
publié le 5 décembre à 05h00, Thibaut Simon, Media365