Que pense Carlos Ghosn des voitures chinoises ?
© Legend Guillaume Pley (YouTube), Media365
Ex-PDG du groupe Renault, Carlos Ghosn s'est livré à une nouvelle interview dans laquelle il commente l'actualité de l'industrie automobile, taclant Renault au passage et louant le travail effectué par les constructeurs chinois, qu'il considère comme « une menace » pour les marques occidentales.
Inactif, mais pas silencieux. Depuis sa spectaculaire évasion du Japon en 2018, Carlos Ghosn, président-directeur général du groupe Renault de 1999 à 2005 en succession à Louis Scweitzer (décédé le 6 novembre), est réfugié au Liban , pays dont il possède la nationalité et qui n'a pas de loi d'extradition avec le Japon, où il fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Loin des conseils d'administration des constructeurs automobiles, l'homme d'affaires continue d'élever sa voix et d'exposer ses vues sur l'industrie automobile actuelle, envers laquelle il a des avis bien tranchés. Récemment interviewé par Guillaume Pley dans le cadre de son émission Legend, il s'est livré à des analyses précieuses sur le secteur, et son avenir.
« Les Chinois font un travail extraordinaire »
Il était particulièrement attendu en ce qui concerne l'essor des marques chinoises, en Europe comme ailleurs, lui qui fut à l'origine de la création de la DRAC en 2013, la coentreprise entre Dongfeng et Renault, caduque depuis (2020), ensuite de JMEV avec Jiangling en 2013, toujours active aujourd'hui. Les modèles actuels ne lui sont pas totalement inconnus, puisque ses contacts parmi les concessionnaires libanais lui ont permis d' essayer les dernières nouveautés de BYD et XPeng , entre autres. « Les Chinois font un travail extraordinaire, ils représentent un véritable danger pour les marques moyennes », a-t-il expliqué. Il est en revanche moins inquiet pour les marques premiums et haut de gamme (citant notamment Mercedes-Benz, Audi et Ferrari), mais estime tout de même que les Chinois vont monter en gamme dans les prochaines années.
« Je suis tellement triste de là où ils sont aujourd'hui »
Sa phrase choc sur le sujet ? « Ils [les constructeurs, NDLR] sont souvent managés par des gens qui n'ont pas le niveau » et pense qu'ils ont « du souci à se faire ». Il explique qu'il faut de la créativité aux dirigeants pour assurer la pérennité des groupes automobiles occidentaux, taclant Renault au passage en estimant que leurs volumes, leurs ambitions et leurs technologies ont baissé. « Je suis tellement triste de là où ils sont aujourd'hui par rapport à là où ils étaient en 2018 ». À l'image d'un Carlos Tavares (qui vient de publier son livre « Un pilote dans la tempête ») se dédouanant des erreurs managériales et de la baisse de la qualité enregistrée par Stellantis quand il était à sa tête, Carlos Ghosn semble avoir oublié que c'est son prédécesseur, Luca de Meo, qui a remis les comptes de Renault dans le vert, clarifié la position d'Alpine, repositionné Dacia, noué des partenariats avec Geely , et lancé un plan produit ambitieux, dans l'électrique (filiale Ampere) comme dans le thermique ou l'hybride (filiale Power). « L'humilité s'oppose à la modestie » (Pierre Vadebonceur).
publié le 11 novembre à 05h00, Quentin Pannaud, Media365