Des drones pour traquer les motards

Des drones pour traquer les motards
Des drones pour traquer les motards !
A lire aussi

publié le 31 mai

À vrai dire, l'idée nous avait traversé l'esprit lorsque les forces de l'ordre ont annoncé l'usage de drones pour surveiller les mouvements des gilets jaunes. Manifestement, on n'était pas les seuls puisque selon nos confrères du Parisien-Aujourd'hui en France, les CRS de Massy, avec l'appui de la DOSTL (direction opérationnelle des services techniques et logistiques), ont fait voler un drone au dessus de l'A126, qui relie l'A6 à l'A10 à hauteur de Wissous, pour repérer les usagers de deux-roues qui circulaient en interfile. Une première en Essonne mais pas en Ile-de-France puisque des opérations de contrôle de ce type ont déjà eu lieu en Seine-et-Marne, dans les Hauts-de-Seine et dans le Val d'Oise.

Le super Banco Sur le papier, l'interfile est autorisée sur les autoroutes franciliennes mais à cet endroit, les deux voies sont séparées par une ligne blanche. Autant dire qu'avec un drone placé à une trentaine de mètres et donc, invisible par les motards (trop occupés à regarder devant pour ne pas risquer de percuter une voiture qui pourrait changer de file malgré la ligne blanche), les policiers ont tiré le gros lot : 64 infractions en moins de deux heures. Pour rappel, on parle ici d'une section de 800 mètres de long sur laquelle il y a eu 7 moirts en 10 ans. Autant dire que les infractions relevées sont clairement non dangereuses quand on fait le ratio. Cette débauche de moyens a tout de même rapporté 8 640 euros (plus 102 points de permis) rien que pour le franchissement de ligne blanche. Autant dire que la rentabilité est au maximum. Mais elle aura sans doute du mal à perdurer...

Un drone non homologué pour un tel usage ? L'utilisation d'un drone est une activité très réglementée en France. Car loin des jouets auxquels on peut spontanément penser, les drones un tant soit peu sérieux peuvent atteindre plusieurs kilos. Dès lors, en cas de souci technique ou mécanique, il y a un vrai danger lors des survols d'habitations ou de personnes. Raisons pour lesquelles le télépilote doit être formé et le drone homologué pour l'un des 4 scénarios opérationnels prédéfinis en France, selon que le drone survole une zone peuplée ou non, avec un pilotage à vue ou non. Or, dans le cas très précis des contrôles routiers sur l'A126, on est dans le cadre d'un scénario S-3, de vol en zone peuplée, avec une distance maximale entre le télépilote et le drone de 100 mètres et l'obligation de vol à vue. C'est-à-dire que l'opérateur ne doit jamais lâcher le drone du regard. Exit donc le regard sur la tablette de la part du pilote. Sur la photo officielle de la Préfecture, aucun des opérateurs ne regarde le drone, qui est pourtant en vol.

Dès lors, même si les forces de l'ordre profitent d'un régime dérogatoire en ce qui concerne les interdictions applicables aux pilotes de drones (même professionnels) telles l'interdiction de survoler une autoroute, une question se pose : quand les contrôles sont faits en utilisant un drone sans le garder en vol à vue alors que c'est obligatoire, les amendes distribuées (et les points retirés) ne sont-elles pas hautement contestables ? Réprimer un comportement interdit en adoptant un comportement interdit, cela serait savoureux.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.